La déconstruction de l’ancien site BDN s’achève. Cette phase de démolition qui a apporté son lot de poussière et de bruit sur ces 5,7 hectares a aussi été l’occasion d’échanger avec trois professionnels différents exerçant sur le chantier : un écologue, une artiste et le conducteur du chantier de démolition.
Si les riverains du chantier de l’ancienne briqueterie ont connu par le passé les dépôts de poussière d’argile aux fenêtres et sur leur véhicule lorsque l’usine était encore en activité, ils ont fait face ces derniers mois à la poussière plus éphémère du chantier alors en pleine phase de démolition.
Difficile de se souvenir que convoyeur, espaces de séchage, et fours étaient encore en activité il y a quelques années pour produire la plus célèbre des briques rouges. Avant le premier coup de pelle, le site a fait l’objet d’une étude d’impact environnemental rigoureuse contrôlée par les services de l’État.
Brieuc Kerisit, l’écologue missionné sur le chantier, explique : « L’étude d’impact a identifié plusieurs espèces sur le site, dont plusieurs protégées. Il y a par exemple le triton alpestre, que nous avons trouvé dans la mare, mais aussi le hérisson d’Europe et des espèces d’oiseaux connus de nos jardins comme le rouge-gorge familier, la mésange charbonnière, la mésange bleue, ou encore le pouillot véloce ».
Pour préserver ces espèces, la conception du projet a intégré ces éléments et une dérogation a été mise en place. Les tritons alpestres, au nombre de 108 individus, ont été trouvés lors de trois sorties nocturnes crépusculaires, moment où ces amphibiens sont les plus actifs. « On les a récupérés, placés dans des seaux avec de l’eau claire, puis relogés dans la mare existante », précise l’écologue. Une barrière à amphibiens a été installée pour les cantonner dans cette zone protégée le temps des travaux. « Cette barrière sera étendue, et une zone durable leur sera réservée pour qu’ils puissent réinvestir le site après le chantier », ajoute-t-il.
Économie de chantier et réemploi
Cette approche illustre la volonté des porteurs du projet Quartus et CDC Habitat de concilier aménagement urbain et préservation de la biodiversité, un enjeu central dans la labellisation ÉcoQuartier visée pour ce futur aménagement.
Le site des Briqueteries du Nord est aussi un laboratoire d’économie circulaire.
Frédéric Bussière, conducteur de travaux, détaille les efforts déployés pour limiter l’empreinte environnementale du projet : « Nous avons récupéré 17 500 briques entières provenant des fours, soit 35 palettes de matériaux qui seront
réemployées dans l’aménagement du site. En plus de celles-ci, nous avons regroupé toutes les briques concassées pour les réutiliser dans les futures structures. Avant de démarrer, nous analysons et testons les zones les plus propices au réemploi. » Les bétons récupérés ne sont pas en reste : « Tout le béton sera recyclé dans de nouveaux bétons. C’est un matériau noble, recyclable à l’infini. On retire les aciers, on le rebroie, et il peut servir pour des fondations, par exemple », explique-t-il.
Conserver la mémoire industrielle
Au-delà des aspects techniques et écologiques, le projet intègre une dimension artistique et mémorielle. Marion Chombart de Lauwe, artiste plasticienne, travaille depuis plusieurs années à immortaliser l’histoire industrielle française. Sur le site de Lambersart, elle devrait réaliser 12 dessins qui seront exposés au Colysée Maison Folie dans le cadre de l’exposition « Paysages en transition ».
Son processus de création est aussi poétique que méthodique : « C’est un projet que je mène depuis plusieurs années. Je fais des dessins en parcourant un chantier au fur et à mesure que les bâtiments sont transformés ou démolis. Ensuite, je récupère des matériaux sur place – une cheminée, des bouts de structure – et je les emmène au Fab Lab de la Condition Publique. Avec une découpeuse laser, je transfère mes dessins sur ces matériaux pour obtenir des dessins carbonisés. » L’artiste voit dans ce travail la sauvegarde d’une mémoire vive du site : « J’arrive avec une méconnaissance totale des lieux, et ce moment de dispersion devient un travail de deuil pour ceux qui ont connu le terrain à différentes époques. Les ouvriers, les habitants, les promoteurs… Tous m’apportent des informations et m’introduisent à l’histoire de l’usine. »
Son objectif ? Réinstaller ces oeuvres dans l’espace public une fois l’écoquartier livré, offrant ainsi aux futurs habitants un témoignage tangible du passé industriel de la briqueterie. « Ce qui m’intéresse, c’est la confrontation entre un mouvement très rapide – la démolition – et un temps long, celui où je réinstalle ces dessins sur des objets qui dureront plusieurs années. ».