Des étudiants ingénieurs et en architecture ont travaillé plusieurs mois sur ce sujet
Grâce à l’association Habiter 2030, des étudiants ingénieurs et en architecture ont travaillé plusieurs mois sur le secteur du Bourg, et fait des propositions d’aménagement et d’architecture mêlant rigueur et audace. Cette étude sera abordée lors de l’assemblée de quartier le jeudi 12 juin.
À l’occasion de l’exposition de l’été 2023 sur les cartes au Colysée “Explorer le monde”, à laquelle des scolaires ont participé en imaginant leur cour d’école rêvée, Emmanuelle Pichonat, adjointe aux écoles, a été en contact avec l’association Habiter 2030. Cette association a été créée à l’initiative d’architectes enseignants à l’École Nationale Supérieure d’Architecture et de Paysage de Lille (ENSAPL) pour fédérer divers acteurs autour de projets pédagogiques dans le domaine du cadre de vie, des transitions techniques et sociétales…
Elle mène notamment des méta plateaux projets, ce qui signifie tout simplement qu’on rassemble sur un même secteur des étudiants de plusieurs disciplines pour produire un projet de rénovation, en lien avec l’environnement proche. C’est ainsi que le conseil municipal a décidé de l’adhésion de la commune à Habiter 2030 et d’accueillir sur le territoire de Lambersart le méta plateau projet n°4 de l’association qui poursuit et enrichit l’étude du centre Bourg rendue en 2024. Entamé à l’automne 2024, il portait sur la requalification à l’horizon 2050 du secteur du Bourg, entre le collège Savio et l’avenue de la Liberté, englobant la halle aux légumes et la ferme Grebert. Sachant qu’un 2e méta plateau devrait avoir lieu fin 2025.
Six propositions complémentaires
Le 5 février dernier, les étudiants ingénieurs de l’INSA (Institut National des Sciences Appliquées des Hauts-de-France) et les étudiants en architecture de l’ENSAPL, au total une trentaine impliqués dans la démarche, sont venus présenter en mairie le résultat de ce méta plateau projet 2024 qui, pour certains, constitue leur travail de fin d’études.
Les étudiants ingénieurs ont élaboré trois projets complémentaires : un outil informatique d’aide à la décision pour la rénovation d’un quartier ; une proposition d’aménagement du linéaire Carnoy-Bourg-Liberté, dont les points forts sont le désengorgement automobile et le développement des mobilités douces, en imaginant même un linéaire piétonnier en 2050, la création d’îlots de fraîcheur, d’une voie verte derrière le collège, le déplacement des parkings à l’entrée du secteur ; et une proposition de solution d’alimentation en énergie et de récupération des eaux pluviales.
Les étudiants architectes ont également travaillé sur trois projets : la transformation en centralité accueillante de l’entrée de ville du côté de la ferme Grebert, des halles et des nouveaux logements prévus ; la rénovation de la ferme elle-même, en maintenant deux ailes et en créant une troisième, en priorisant l’adaptation à l’évolution du climat et l’utilisation de matériaux de récupération et biosourcés ; et la rénovation des halles et du CTM (Centre Technique Municipal) adjacent (qui aurait alors déménagé), « un volume impressionnant entouré de maisons », avec les mêmes préoccupations environnementales, et en imaginant d’utiliser la hauteur pour créer un étage.
Un grand merci de la Ville
En commentant ce travail impressionnant tant par la quantité que par la qualité, la présidente d’Habiter 2030, Béatrice Auxent, a dit combien elle a apprécié que la ville de Lambersart ait créé un « contexte favorable et facilitateur ».
Elle a aussi remercié le coordinateur et les membres bénévoles de l’association ainsi que les enseignants des deux écoles qui ont encadré les étudiants.
Prune Bollengier, étudiante en master option matérialité à l’École Nationale Supérieure d’Architecture et de Paysage de Lille
« Un projet adapté aux conditions climatiques de 2050 »
Pourquoi avoir rejoint ce méta plateau projet à Lambersart ?
« Nous avons des choix d’ateliers à faire pour le semestre, et ce (MPP) avec l’association Habiter 2030, c’était mon premier choix. Ce qui m’a plu, c’est le principe d’une démarche concrète, collaborative avec les étudiants ingénieurs, car dans l’architecture on ne travaille pas seul, et l’attention à la transition écologique ».
Quelles ont été les étapes du travail ?
« Le coordinateur d’Habiter 2030 nous a présenté globalement le MPP en septembre et juste après nous sommes allés sur place avec les ingénieurs, accompagnés de nos responsables, de ceux d’Habiter 2030, et des responsables de la mairie. Nous avons aussi rencontré les agents du Centre technique municipal. Nous y sommes retournés pour une étude plus poussée du lieu, pour connaître aussi les usages
et les besoins, en interviewant les habitants. Puis nous avons échangé avec la mairie...
Enfin, nous avons élaboré le projet pour la ferme Grebert, la halle et leurs alentours, en nous répartissant le travail en 3 groupes. »
Quel est le principe de votre proposition d’aménagement ?
« Nous nous sommes basés sur les scénarios pour l’ adaptation aux conditions climatiques de 2050 de l’Agence de la transition écologique, l’Ademe, qui promeuvent la frugalité, le côté local et le développement de la biodiversité en mettant l’usager au premier plan. »
Quels sont les partis pris ?
« Pour les extérieurs des bâtiments, la priorité était d’améliorer la gestion des eaux pluviales, rendre les sols plus perméables, et créer des îlots de fraîcheur. Pour les voiries, l’idée était de végétaliser les rues et de dédensifier la circulation, en proposant des piétonnisations ponctuelles de l’allée Saint-Paul. Pour la rénovation des bâtiments, nous avons priorisé le réemploi des matériaux, le biosourcé, et la frugalité. Bien sûr, cela impacte l’architecture. Au niveau des usages, nous avons privilégié le maintien de l’existant, en particulier le primeur, et l’apport de nouvelles activités, comme un tiers lieu, une salle polyvalente, un café, du commerce et de l’artisanat, afin de renforcer l’offre dans un secteur conçu comme une entrée de ville. »
Que pensez-vous au final de l’expérience ?
« Cela s’est bien passé, c’était très enrichissant techniquement et humainement, et professionnalisant. On se sent utile, et le projet va continuer l’an prochain. S’agissant de mon impression sur le quartier, il est paisible est agréable. Avec un peu plus de commerces et moins de voitures, il peut vite être plus attractif ».
- Benjamin Boquet, directeur général adjoint à l’aménagement et au logement, a dit son plaisir « d’avoir travaillé avec tous pendant quelques mois pour le bien commun, avec une approche respectueuse de l’existant et intégrant les usagers » et a loué « le pas de côté, avec des partis pris assumés que nous ne nous permettrions pas sous le poids des contraintes ». Et d’ajouter : « On est sur un temps long, nous nous servirons de vos réflexions qui confortent certaines de nos idées ».
- Bertin Lembrez, élu au logement, a également félicité « [Le] regard différent qui vient faire bouger nos perspectives » et assuré : « On veillera à ce que vos travaux soient utiles parce qu’on a un rôle de transmission ».
- Emmanuelle Pichonat, élue aux écoles, a loué « l’expertise extérieure d’un grand professionnalisme » et souligné : «Votre vision citoyenne et responsable donne envie de poursuivre pour intégrer la dimension éducative et sociale dans la prochaine étape ».
- Héloïse Gerber, adjointe à la démocratie participative, a enfin estimé que cela pose la question suivante : « Comment ouvre-t-on notre ville à expérimenter d’autres manières de fonctionner pour préparer le monde de demain ? ».