Les maires de Kaniv et Lambersart se sont rencontrés via Skype, l’occasion à un instant « T » de faire le point sur la situation dans une Ukraine en guerre et de proposer son aide

« Dans sa folie, il peut tout bombarder ». Avant qu’il arrive à contacter Ihor Renkas, maire de Kaniv, via Skype ce jeudi 10 mars, Pierre Dumoulin, président de l’association Lambersart Kaniv Ukraine, ne cache pas son inquiétude auprès de Nicolas Bouche, maire de Lambersart. Sans être un noeud stratégique important, la ville de l’Oblast de Tcherkassy est baignée par le Dniepr et abrite au nord un barrage et une centrale électrique. Le tout encore intact en cet fin d’hiver. Pierre Dumoulin donne les dernières informations en provenance de Kaniv et d’Ukraine et loue la solidarité lambersartoise.Il est 15h, heure française, quand celui-ci entre en contact avec Anatol Leontiev, le francophone et francophile représentant de l’association de Kaniv. C’est lui qui assure la traduction et permet le contact entre maires.

Première question de Nicolas Bouche : « Quelle est la situation à Kaniv ? ». Le maire ukrainien, à ce moment de la guerre, se veut rassurant : « La situation dans la ville est assez calme et toutes les entreprises qui permettent de vivre au quotidien fonctionnent ».
N’oublions pas que nous sommes le 10 mars et que depuis la situation s’est peut-être dégradée. Très vite les questions portent ensuite sur les habitants, on s’enquiert de leur moral. « Les habitants partent-ils à l’étranger ? » On apprend qu’une cinquantaine de femmes et enfants ont pris la route de Viersen, la ville allemande jumelée.
Surtout, Ihor Renkas renseigne « qu’il arrive beaucoup de réfugiés de Kharkiv et des réfugiés des villes détruites autour de Kiev ».

Nicolas Bouche demande à son tour, « Comment les logez-vous, les nourrissez-vous car ici en France on nous dit que vous n’avez plus de nourriture ? ». Nous n’aurons pas la réponse, mais l’on sait que ces réfugiés ne sont que de passage et ne restent qu’une nuit ou deux à Kaniv avant de partir toujours plus à l’Ouest, vers la frontière. Quant à ceux partis pour Viersen, Nicolas Bouche fait montre de solidarité : « Certains de ceux arrivés en Allemagne pourront aussi venir à Lambersart et s’il le faut, nous irons les chercher », c’est chose faite depuis.

Comment aider Kaniv et ses habitants ?

Autour du téléphone, les drapeaux français, ukrainiens et européens bien en évidence ne sont pas du folklore, mais une manière pour Lambersart de témoigner une solidarité sans faille. D’ailleurs, Nicolas Bouche informe son homologue sur ce fait : « En France, la population a pris fait et cause pour l’Ukraine et les Français pensent beaucoup à votre peuple et le manifestent. ». Les chauds remerciements visibles sur les visages des deux Ukrainiens que l’on distingue sur l’écran du smartphone, rendent encore plus irréelle « cette guerre inattendue », selon les dires d’Anatol Leontiev. Sur l’issue du conflit, Ihor Renkas est pessimiste, « des pourparlers entre les ministres ukrainiens et russes, il ne ressort rien de positif et la guerre n’est pas près de s’arrêter. »
Dans ces moments si difficiles, alors à deux mille kilomètres de la ville amie, Nicolas Bouche demande comment Lambersart peut aider. Il explique combien Pierre Dumoulin, et les bénévoles s’organisent pour récolter des couvertures et autres biens essentiels, mais que manque-t-il aux habitants de Kaniv ?
La réponse est limpide, après traduction : « Nous sommes inquiets sur l’état de nos stocks en matière de médicaments vitaux et nous pensons notamment à l’insuline pour les malades du diabète. »
Et sur le plan financier, peut-on vous faire des transferts depuis la France ? Les banques ukrainiennes fonctionnent-elles ? « Oui, nos banques fonctionnent, nous avons obtenu 5 000€ d’Estonie par exemple ».
Au sujet des médicaments, Pierre Dumoulin explique la difficulté de les faire parvenir. Le maire de Lambersart propose de passer par Viersen qui semble mieux réussir dans cette entreprise. Là aussi, c’est chose faite depuis l’entretien. Après quelques messages d’amitiés et de remerciements, la conversation prend fin sur un dernier mot du maire de Kaniv : « On se reverra après la guerre Nicolas, après la victoire », et le plus tôt sera le mieux.

L’accueil de réfugiés ukrainiens

Les premières familles ukrainiennes sont arrivées à Lambersart. Difficile de recenser pour l’instant les familles concernées car tout cela s’est fait dans une certaine confusion, des personnes arrivant par leurs propres moyens et des hôtes ne s’étant pas signalés au CCAS. Pierre Dumoulin, lui, s’est rendu jeudi 17 mars avec un minibus de la Ville à Viersen, la ville allemande jumelée avec Kaniv et Lambersart, pour venir chercher 9 Ukrainiens de Kaniv qui avaient pu faire un premier trajet jusqu’à l’Allemagne, et les ramener à Lambersart dans des familles.

« La fraternité et la solidarité sont des valeurs essentielles à nos yeux »

Nicolas Bouche, Maire de Lambersart

Avez-vous des nouvelles du maire de Kaniv ?*
Je lui ai envoyé un email le 25 février, au premier jour de la guerre et il m’a répondu rapidement. Dans son courrier, il indique le besoin urgent d’assistance,
de fonds et de médicaments. Il explique également que dès le début des hostilités, Kaniv s’est organisé un système de défense basé sur le volontariat
et en collaboration avec l’armée ukrainienne.

Que peut faire la ville de Lambersart pour Kaniv ?
La ville reste à sa place, c’est-à-dire qu’elle soutient les associations qui se mobilisent pour l’Ukraine en général et Kaniv en particulier. Concrètement,
il s’agit de mettre un local à disposition, de prendre en charge la logistique et de faire le lien avec la MEL qui stocke et convoie les dons vers l’Ukraine. La ville incite également à faire des dons financiers via la cagnotte mise en place par l’association Lambersart Kaniv Ukraine. Nous collectons également les noms des Lambersartois qui souhaitent accueillir des Ukrainiens chez eux et fait le lien avec la Préfecture. Mi-mars, nous en comptions plus de 40 !

Que pensez-vous de cet important élan de solidarité qui émerge ?
Je ne suis pas surpris ! Les hommes par nature sont solidaires et prompts à aider leur prochain et là c’est une occasion forte de le démontrer à nouveau.
La proximité géographique et culturelle joue mais cela se voit à chaque guerre ou catastrophe naturelle. N’oublions pas non plus la diaspora ukrainienne
en France, cette communauté se mobilise fortement.

Un petit mot pour tous ces nombreux Lambersartois qui souhaitent aider ?
Bravo et continuez, une guerre génère de tels traumatismes qu’il faudra continuer à soutenir et à aider l’Ukraine au-delà de l’émotion. Nous ne pouvons présager de l’avenir, en tant que ville nous continuerons également à aider. Nous pourrons profiter de l’adhésion de Lambersart au dispositif Anvita (Association Nationale des Villes et Territoires Accueillants). Parce que la fraternité et la solidarité sont des valeurs essentielles à nos yeux et qu’elles sont mises à mal, la charte d’Anvita nous engage à prendre soin, à accueillir et à aider toute personne qui serait en danger sur notre territoire.

*Entretien réalisé le mardi 8 mars, deux jours avant la rencontreentre les deux élus par Skype le 10 mars

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