Née en 1998, l’association d’amitié Lambersart Kaniv Ukraine n’était pas armée pour collecter de l’aide humanitaire en masse. Mais elle a fait front avec l’aide de nombreux partenaires, dont la mairie, dès le début du conflit.

La petite histoire de la longue amitié entre Lambersart et Kaniv, ville de 23 000 habitants en Ukraine, à 120 kilomètres au sud de Kiev, ce sont les anciens qui la connaissent à Lambersart : la ville allemande de Viersen, jumelée à Lambersart, est aussi jumelée avec Kaniv, et l’adage «les amis de mes amis sont mes amis » s’est appliqué ici.

Et voilà donc à Lambersart une des rares associations d’amitié avec l’Ukraine existant en France. La dernière grande cérémonie qui s’est déroulée à Lambersart date de 2018, avec le renouvellement de la charte d’amitié entre Lambersart et Kaniv, à l’occasion du 20e anniversaire, en présence d’une forte délégation ukrainienne

Actions culturelles et caritatives

Comme le rappelle Pierre Dumoulin, président depuis 4 ans, les deux objectifs de l’association lambersartoise sont les échanges culturels avec la ville de Kaniv et l’aide caritative aux Ukrainiens. « L’Ukraine est un pays pauvre, en dehors de Kiev, le niveau de vie est bas », souligne-t-il. C’est ainsi qu’au fil des années,
l’association a financé du matériel pour l’hôpital local, du matériel pédagogique pour l’école et le collège des arts et de la culture. Des élèves et professeurs de l’école n°6 de Kaniv, où l’on enseigne le français, sont venus régulièrement à Lambersart. Tous les 4 ans, une troupe de danseurs Kanivtchanka, est également
venue se produire en France. Sans oublier des conférences sur l’Ukraine. « Nous avons essayé plus récemment de monter une semaine de l’Ukraine mais elle a été annulée pour cause de Covid »…
En tous cas, tient-il à souligner, « quand j’y suis allé, j’ai découvert un peuple qui a un amour immodéré pour son pays, que je n’ai jamais retrouvé ailleurs, et aussi d’une très grande générosité ». Avec la guerre en Ukraine, Pierre Dumoulin est en contact régulier avec ses connaissances de Kaniv, dont Anatol Leontiev
président de l’association d’amitié locale. « Nous soutenons moralement nos amis au téléphone. Ils sont catastrophés et ils s’organisent pour être résistants, mais pour l’instant la situation est assez calme ». En tant que responsable d’une des rares associations hexagonales en lien avec l’Ukraine, Pierre Dumoulin a même été sollicité de toute la France pour des requêtes dépassant totalement ses possibilités d’action.

 

Une organisation efficace

S’en tenant à l’aide humanitaire locale, il a dû cependant changer de braquet et se faire accompagner pour l’organisation. Il a ainsi pris contact avec Christophe Fouache, responsable des Éclaireurs de Lambersart, responsable régional des Éclaireurs, président de l’OMJS, et habitué avec ses jeunes des actions caritatives. Kaniv étant en zone de guerre, il n’était pas question de faire parvenir l’aide jusque-là, mais plutôt aux réfugiés ukrainiens en Pologne.
Comme l’explique Christophe Fouache : « On s’attache toujours à avoir un partenaire sur place. Nous avons travaillé avec la mairie de Saint-André qui a déjà un partenariat avec Wieliczka, dans la banlieue de Cracovie. Il y a là-bas un centre de réfugiés et une troupe de scouts très active. Les scouts nous ont fait la liste de leurs besoins, et nous avons pu commencer à communiquer ». Il a aussi trouvé un camion semi-remorque polonais « qui fait la navette entre la Pologne et Hem et qui repart d’habitude à vide, pour nous prendre gratuitement nos dons et les amener à Wieliczka ». Ainsi, à l’accueil de la mairie, du CCAS comme sur les réseaux sociaux, on vous donnait rendez-vous pour vos dons au 45, rue du 8-Mai-1945. Une maison acquise par la Ville mais pas encore rénovée par Vilogia pour en faire un logement conventionné, et que la mairie a donc mis à disposition. Jusqu’au 18 mars, les Lambersartois y sont venus en masse pour déposer nourriture, médicaments, produits de pharmacie, d’hygiène, couches et autres produits pour bébés, ainsi que des vêtements chauds. Tous les soirs de 16 h à 20 h, une douzaine de bénévoles, inscrits sur une plateforme électronique, s’y sont relayés sous la houlette de Pierre Dumoulin pour trier et mettre en cartons les dons, chaque pièce de la maison étant dédiée à un type de dons. « Pas question qu’en Pologne, les bénévoles se retrouvent
avec des dons en vrac vu le nombre de réfugiés dont ils s’occupent », souligne Christophe Fouache. Et tous les soirs, la camionnette des Éclaireurs venait
chercher les cartons pour les déposer à l’entrepôt régional des Éclaireurs à Lomme.

Un semi-remorque pour la Pologne

La collecte s’est terminée le 18 mars. L’objectif était de rassembler environ 40 palettes, entre les collectes de Lambersart et Saint-André, pour remplir le camion. Objectif largement atteint. Les palettes ont été constituées durant le week-end dans le hangar des Éclaireurs.
Puis, mardi 22 mars, le semi-remorque, trop imposant pour accéder à ce hangar, a été chargé sur le parking d’Intermarché à Lambersart, avec l’aide du personnel municipal et des camionnettes à hayon de la Ville. À l’heure actuelle, les réfugiés basés à Wieliczka doivent profiter des tonnes de dons des Lambersartois. Il n’est pas impossible qu’un autre camion parte. Née en 1998, l’association d’amitié Lambersart Kaniv Ukraine n’était pas armée pour collecter de l’aide humanitaire en masse. Mais elle a fait front avec l’aide de nombreux partenaires, dont la mairie, dès le début du conflit. d’ici quelques jours avec les dons restants, plus ceux amenés par de petites communes qui ne disposent pas d’un acheminement. Quant à la maison du 45, rue du 8-Mai-1945, elle pourrait être utilisée dans les prochaines semaines comme base de rencontres entre les Ukrainiens hébergés à Lambersart.

« C’est naturel de se rendre utile »
Comme de nombreux autres bénévoles, Éric, Geneviève, Christian et Stéphanie sont venus aider au tri et à l’empaquetage des dons à la maison rue du 8-Mai-1945.
Ce jour-là, le collège Savio a justement amené le fruit d’une vaste collecte au profit des réfugiés ukrainiens, et il y a du boulot ! Pour la plupart, c’est la première fois qu’ils viennent là. Pour Eric, « ce n’est pas compliqué de bloquer deux heures et de se rendre utile pour des gens qui sont dans le malheur ».
Christian trouve « naturel de faire quelque chose à notre petit échelon, on est tellement privilégiés par rapport à eux ». Pour Stéphanie, qui travaille à son domicile et n’est pas une novice du bénévolat, c’était aussi « évident vu l’ampleur de ce qui se passe là-bas ». Geneviève, retraitée, estime que « c’est la moindre des choses quand on a du temps, d’autant plus que j’ai passé 41 ans dans le domaine social et que je suis tombée dans la marmite ! » Et d’ajouter : « J‘ai aussi proposé d’accueillir des réfugiés ukrainiens ».

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